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Atelier de création autour de l’autoportrait, Institut médico-éducatif Parc Révollier de St-Étienne, janvier 2016 © Stimultania

Vendredi 15 janvier 2016, première rencontre, séance tactile

« Présentation mutuelle sur fond de regards un peu méfiants, d’attitudes un peu raides. On se jauge, c’est normal. Omar, Enzo, Najette, Rolando, Julien, Hicham, Ysuf, Angélique, Jonathan. Entre 15 et 19 ans.

Je pose mon gros sac sur la table et déballe toutes sortes d’objets photographiques. Touche et éprouve : la lourdeur de l’appareil argentique, la légèreté de l’ipod, la visée particulière du rolleicord, le plaisir de coller son œil sur un viseur, le beau son du déclencheur. Découvre aussi la pellicule, cette « ancienne méthode » appartenant à une époque si lointaine, nous qui sommes si vieux. De l’appareil à l’image imprimée, regarde et touche aussi des photographies : papier brillant, mat, satiné, texturé, lisse, fin, épais, carte postale ou grand format contrecollé. Les mains palpent, les questions fusent, difficile parfois de répondre à tout. « On dirait une photo de mon arrière-arrière grand-père » dit Enzo en parlant d’une de mes photographies. Le noir et blanc fait l’unanimité : c’est nul, c’est pour les vieux.

Quand les mains ont assez touché, elles sont sollicitées pour un premier exercice pratique. L’un après l’autre, il s’agit d’offrir ses paumes à l’objectif. Les deux, puis une seule, d’un côté, puis de l’autre. En parallèle, le cerveau commence à entrer doucement dans l’imaginaire : et si tu étais une saison tu serais…, et un animal, un objet, un mot, un endroit, un vêtement, une matière ? Réponses instinctives et personnelles. Le temps file, mais tout le monde arrive à bon port. Les images des mains sont chargées fissa sur l’ordinateur, puis sur la clé, puis sur le vidéo-projecteur. Parfois, le bonheur de la technologie.

Après la pause indispensable, on regarde ensemble les mains. C’est étrange de les voir comme ça, en grand, loin de son corps. Les rires et les commentaires s’emballent, pas toujours très à l’aise. Pendant que les mains défilent, chacun lit, comme un poème : si j’étais un animal je serais un lion, un tigre, un chat, un berger allemand, une coccinelle ; si j’étais un endroit je serais las vegas, copacabana, ma chambre, Barcelone, si j’étais un objet, je serais un marteau, une table, un ballon, si j’étais un mot je serais je t’aime. Tous ont joué le jeu, bravo. Pas facile de se dévoiler si rapidement.

La cloche sonne, on remballe et file. Pas toujours eu l’impression de trouver les bons mots, pas sûre de ce qui est vraiment passé. Mais tout va bien, il va falloir s’ajuster, prendre le temps, faire confiance : c’est la première rencontre. »

Matilde Brugni

26 heures d’intervention de janvier à avril 2016 auprès de 8 élèves de l’institut médico éducatif Parc Révollier à Saint-Etienne. Enseignante : Charlotte lafay-abid
Dans le cadre du dispositif Eurêka soutenu par la région Rhône-Alpes.

 

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Atelier de création autour de l’autoportrait, Institut médico-éducatif Parc Révollier de St-Étienne, janvier 2016 © Stimultania
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Atelier de création autour de l’autoportrait, Institut médico-éducatif Parc Révollier de St-Étienne, janvier 2016 © Stimultania

 

 

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