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Je suis Paris © Sarah

Mercredi 3 février, je suis un endroit

« Les visages sont reposés, l’ambiance au beau fixe. Et moi j’ai un peu de mal à mettre les yeux en face des trous, petit coup de fatigue mi-parcours. Il va falloir se réveiller, aujourd’hui on ne chôme pas.

La mission principale de la journée est de se projeter dans son endroit, un par un, en solitaire. En parallèle, pas de repos pour les guerriers : on continue les carnets de bord, le making off et ça se corse au niveau du selfie. Tester le legsie (les jambes), le helfie (les cheveux), le shelfie (devant une étagère. oui oui), le welfie (la musculature), le selfie photobomb (l’intrus), le selfie miroir et le selfie duckface (largement maîtrisé par Angélique et Sarah). Étendre le champ des possibles, sans obligation.

On installe le studio, merci Najette, Jonathan, Rolando pour le coup de main. Drap blanc tiré sur le mur, appareil sur pied, ordinateur branché, projecteur allumé. Najette accepte de passer en premier. Gentille et patiente Najette qui doit “subir” un bon nombre d’essais avant que ça fonctionne. Quand enfin tout est bon, je sors de la salle : aujourd’hui on se retrouve avec soit-même. Projette l’image de ton endroit, appuie sur le retardateur, 10 secondes pour te placer dans l’image, 10 secondes pour jouer avec les formes, avec le corps, s’intégrer dans le décor.

Tout le monde y passe, plus ou moins longtemps. Najette tout sourire s’accroche à la tour du port de Barcelone. Omar est embêté, toutes les images du lieu qu’il a choisi cache son visage mais c’est en supporter ultime du Real Madrid qu’il se révèle. Délicate Angélique se camoufle sur les bords du fleuve de Porto ; Julien se tient droit, stoïque, détendu au bord d’une plage idyllique ; Jonathan jamais-peur soulève la tour Eiffel et rit sur les Champs Élysées ; Sarah en pose mannequin surplombe Paris au crépuscule ; Rolando s’immerge dans la mer au clair de lune et… devient DJ d’une boîte de nuit. Enzo me demande de rester pour appuyer sur le bouton, pas à l’aise avec le retardateur. Mais de tourner la tête pendant qu’il cherche sa pose. Je l’entends s’agiter, souffler, sauter. Il me lance un “c’est bon !” tonitruant. Et le voilà intégré au milieu d’un rocher au bord d’une plage de Faro.

Pendant les téléportations solitaires, l’autre exercice du jour : je demande à chacun de passer pour un portrait type “photo d’identité” qui servira ensuite à un photo-montage à la John Stezaker. Et là je me dis que c’est fou comme tous se glissent devant mon appareil sans rechigner. Je suis épatée. Après tout, ils pourraient se demander ce que je trafique – dessiner un animal avec la lumière ? fossiliser une plante ? coller un paysage sur sa face ? Moi même, est ce que je le sais ? Mais pas un soupir, pas un œil en l’air. Confiance. Les portraits sont imprimés en noir et blanc, les paysages en couleur. Et chacun compose son nouveau visage-paysage.

L’exercice n’avait pas d’autre enjeu que l’expérimentation et la pratique. Finalement, le résultat se révèle intéressant. Je trouve touchant ces bouts de joues, de cou, de cheveux autour du paysage, qui racontent presque autant que le visage entier. En tout cas, c’est un oui général : ça sera montré dans l’exposition.

Milieu d’après midi, le temps de se poser un peu, regarder les productions du jour et des deux précédents. On revoit les choix de chacun, bien s’assurer qu’on assume toujours. On commence à parler de l’exposition, de la manière dont tout ça pourrait être montré.

A 15 h 15, c’est l’échappée. Reste Rolando qui n’était pas là la veille. Rolando qui a manqué la magie du labo. Alors on rattrape le coup, retour sous la lumière rouge. La plante, le profil, les yeux qui pétillent.

Installée dans le train, je sais que j’ai ma série de selfies à regarder. Merci Omar pour ta bonne humeur et ton visage sous toutes ses coutures ; Jonathan pour les prises de vue athlétique de perche surélevée, Julien pour avoir glisser au milieu des images prises avec les copains, une en solitaire ; Angélique pour les essais dans le miroir et une des grimaces les plus drôles ; Rolando pour ton regard et le super helfie ; Sarah pour un des legsies les plus maîtrisés ; Najette pour ton sourire éclatant. »

Matilde Brugni

26 heures d’intervention de janvier à avril 2016 auprès de 8 élèves de l’institut médico éducatif Parc Révollier à Saint-Etienne. Enseignante : Charlotte lafay-abid
Dans le cadre du dispositif Eurêka soutenu par la région Rhône-Alpes.

 

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installation du studio © Sarah
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installation du studio © Sarah
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installation du studio © Sarah
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prise de vue © Stimultania
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je suis Barcelone © Najette
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je suis Santiago Bernabeu © Omar
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pieds © Omar
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prise de vue portrait d’identité © Charlotte
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je suis Paris, photo-collage © Jonathan
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visionnage des productions © Charlotte
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© Angélique
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© Jonathan