Dominique Pichard • lycée • Givors • épisode 0

© Dominique Pichard
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Mercredi 1 février

“GIVORS, jour 0

Demain, je rencontrerai les jeunes du Lycée Picasso à Givors. A partir d’avril, j’aurai quatre jours pour réaliser un projet avec une vingtaine d’entre eux.

Chaque atelier ou résidence à ses exigences, et en tant qu’intervenant il est toujours intéressant et formateur de composer ses projets en contournant ses contraintes.
Si elles sont d’ordres diverses et que certains éléments sont anticipables, le facteur humain reste toujours une variable hasardeuse.

Principale difficulté de ce projet : le temps.
Sur les autres résidences pour lesquelles j’ai eu l’occasion d’intervenir j’ai toujours eu la chance d’avoir plusieurs mois, voire plusieurs années.  Le confort d’un projet dans le temps est pouvoir réajuster le tir lorsque l’idée théorique qu’on s’est faite est éloignée de la réalité, le temps est aussi un filet de secours.
Le temps et la temporalité, sur de nombreux aspects, est une donnée précieuse dans la pratique de photographe.
Si je manque de temps sur ce projet, cela implique que je vais devoir taper juste dès le départ sur mon approche, du moins m’en rapprocher au mieux.

Il me semblait donc important de consacrer un temps en amont pour rencontrer ces jeunes et les enseignants – Nadège et Malika, respectivement enseignantes en arts plastiques et documentaliste – et laisser un temps de latence avant la réalisation du projet, briser la glace et créer rapidement une relation de confiance réciproque.

Selon les enseignants, les lycéens ne jouissent apparemment pas d’une excellente réputation, l’image “pi-cassos” leur collant à la peau.
L’objectif va donc être de déconstruire cette image par la photographie par un projet en trouvant la balance idéale pour que le résultat ne soit ni trop consensuel, ni trop conceptuel.
Travailler le fond et simplifier la forme, une chose simple sur le papier mais pas toujours évidente en pratique.
Lors de mes premiers échanges avec l’équipe de Stimultania, nous discutions de la démarche de Stimultania et de l’accessibilité de l’image, ce qui fait résonance avec ma propre approche de la photographie.

Première étape, contextualiser : prendre la température globale de ce carrefour stéphanois. Je ne connais pas grand chose de Givors, mais les commerces fermés ornés d’enseignes aux graphismes désuets – vestiges sans doute d’une période plus prospère – , les cafés communautaires ou le siège du PCF qui défilent sur mon passage me donnent le sentiment d’un terrain connu, celui des quartiers populaires dans lesquels je me sens plutôt à l’aise.
Je ne sais pas si c’est la dopamine engendrée par le soleil que je n’ai pas vu depuis des semaines, mais je me sens assez en confiance et à ma place pour l’instant.

Pour l’anecdote, je décide de rentrer dans un café dans l’espoir de creuser mon opinion sur la population du quartier. La déco est celle de n’importe quel PMU, la télévision qui braille du BFMTV est entrecoupée des éclats de rires rocailleux de la clientèle. Elle est exclusivement masculine et de classe populaire, pas mal de “gueules” qui jouent aux cartes en fumant clope sur clope. La scène est un mélange d’un Kervern/Delépine et d’un Boardwalk empire.
Je pose mon AE-1 et mon carnet de note sur la table, moins de 20 secondes plus tard, je suis encerclé par le patron du bar, un mix de Dikkenek et de Trump du bled, et de deux personnages qui n’ont pas l’air de vouloir débattre sur l’art contemporain.
Le taulier me braille : “C’est la mairie qui t’envoie?” : j’ai du mal à contenir mon sérieux et je ne peux m’empêcher d’y répondre avec un trait d’humour compte tenu de l’état des quarantes ans bien tassés de mon boitier- erreur – le brouhaha ambiant s’interrompt.
Je me ravise et je laisse le second degré de côté pour expliquer ma présence et la façon dont je documente mon passage, l’atmosphère se détend sensiblement, j’arrive à négocier une image de la façade du bar, mais leçon prise, je ne suis pas en terrain conquis.

Je quitte le bar pour me rendre à Stimultania, une certaine effervescence est présente dans l’air avec la préparation de l’arrivée d’un grand nom de la photographie au printemps #nospoilers, j’y finalise avec Matilde, chargée des publics, les derniers détails de notre rencontre du lendemain.”

Dominique Pichard

20 heures d’interventions avec 20 premières microtechnique du lycée Picasso à Givors
Avec : Nadège Proriol, professeur d’arts appliqués et Malika Ait-Ouaret, documentaliste

Soutenu par la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes et la région Auvergne-Rhône-Alpes dans le cadre du dispositif Eurêka Club Culture.

© Dominique Pichard
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