© Rozenn Quéré et Benoît Pelé avec 16 adultes en maison d'arrêt
© Rozenn Quéré et Benoît Pelé avec 16 adultes en maison d’arrêt

Mercredi 17 août 2016, jour 1

« Entrée compliquée, paperasses, déclarations de matériel, rien ne va comme sur des roulettes. On passe les portiques et les barrières, nous voilà en détention, direction le bâtiment « socio » qui sert notamment pour le culte (catholique musulman protestant).

Au rez-de-chaussée, les filles installent l’armature en bois de 2 m sur 2 m sur laquelle sera fixé un drap. Grand écran derrière lequel ils deviendront des ombres chinoises.

Au premier étage, avec les détenus, on introduit ces ateliers, qu’est ce qu’on fait, d’où on vient, ce qu’on fera. En images, il est question de photomontage, d’ombres chinoises, de street art (beaucoup de Banksy), d’incrustations, de paysages divers et de Google Street View. Pour ce qui est du son, on écoute ensemble des musiques de bruits, des pianos préparés de John Cage, des tubes d’Amon Tobin. Ils ont l’air sincèrement étonné qu’il existe des personnes pour écouter ces musiques, et encore plus pour acheter des disques.

Puis on attaque la pratique : les participants enregistrent avec deux micros différents le son d’une agrafeuse sans agrafe et écoutent le rendu acoustique de chaque micro. Selon certains, le son d’une agrafeuse sans agrafe ressemble au son d’un flingue au chargeur vide. Ah bon. Ensuite ils sélectionnent un fragment sonore pour le sampler. Au rez-de-chaussée, photo : on allume le projecteur qui produit le contrejour pour nos ombres chinoises, on se familiarise avec le réflexe numérique. Les détenus commencent rapidement à se photographier les uns les autres, plus ou moins inspirés quant aux postures à adopter (plutôt plus que moins). L’un mime les gestes d’une journée, l’autre imite un sportif (Usain Bolt), un autre rejoue une scène d’arrestation, ou une scène de duel dans un film de cow boy, un autre devient Spiderman, un autre encore se transforme en boxeur. À deux, ils miment des scènes d’arrestation, des scènes de mendicité, de braquage et autres violences qui les amusent beaucoup. Ils tiennent difficilement à trois derrière l’écran, mais ils y vont à trois, pendant qu’un quatrième les encourage, tel un photographe à l’enthousiasme complètement démesuré dans un studio de mode parisien « C’était trop beau, refaites-moi un peu cette pose là ».

À trois derrière l’écran, les top models jouent les Daltons, et Averell dit, comme toujours, « j’ai faim, Joe. ». Ils s’en vont tous avant l’heure pour des histoires de cantine et de produits frais. »

Rozenn Quéré et Benoît Pelé

Avec 16 personnes incarcérées

54 heures de création photo et 54 heures de création sonore, en maison d’arrêt, en août 2016

Dans le cadre du dispositif Culture et prison, soutenu par la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes, la région  Auvergne-Rhône-Alpes et le Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation

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