Rozenn Quéré et Benoît Pelé • Maison d’arrêt • épisode 8

© Rozenn Quéré et Benoît Pelé avec 16 adultes en maison d'arrêt
© Rozenn Quéré et Benoît Pelé avec 16 adultes en maison d’arrêt

Mardi 30 août 2016, jour 8

« Une nouvelle tête, S.
Il débarque tout sourire à défaut de pouvoir danser. Il était inscrit à l’atelier danse mais il a mal au genou. Il vient voir ce qu’on fait. De super bonne humeur, il pose derrière la toile, nous offrant un mélange entre du Qi Gong et du flamenco au ralenti. Il est ravi, veut bien le refaire 10 fois si on lui demande. Pendant ce temps, il parle aussi d’Hitchcock, des corbeaux et de Norman Bates. Après nous avoir montré ses tatouages, il vient s’assoir devant l’écran et on regarde les photos des autres. On s’arrête devant celle de Mohamed qui tombe. Mohamed pense à La Haine, et propose comme légende « Jusqu’ici, tout va bien. Ce qui compte, c’est pas la chute, c’est l’atterrissage. » De son côté, S. conclut, après avoir observé attentivement l’image : « ça, c’est moi. »
Il parle de « chute vertigineuse », je suis étonnée qu’il choisisse ce mot. Il dit qu’il fait une chute vertigineuse, qui a commencé quand il avait 14 ans : son premier séjour en prison, pour cause de cambriolage.
Je lui demande quel âge il a.
– « 54.
– Quoi ?! Ça fait 40 ans que tu tombes ?
– C’est ça. Je chute depuis 1976. »
Je reste scotchée que 40 ans de chute n’entament pas davantage sa bonne humeur. (« Jusqu’ici, tout va bien. ») »

Avec 16 personnes incarcérées

54 heures de création photo et 54 heures de création sonore, en maison d’arrêt, en août 2016

Dans le cadre du dispositif Culture et prison, soutenu par la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes, la région  Auvergne-Rhône-Alpes et le Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation

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